Basilique Saint-Michel

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Orgue Merklin-Schütze 1869 – 41 jeux, 3 claviers, pédalier

Le grand orgue de Saint-Michel est situé en hauteur, à plus de 7 mètres, sur la tribune ouest et sous la rosace des quatre évangélistes. Construit par les Établissements Merklin-Schütze de Paris à la fin du Second Empire (sous Napoléon III) entre 1865 et 1869, il est inauguré en décembre 1869. L’orgue habite un magnifique buffet du XVIIIème siècle construit en 1762 sous Louis XV, seuls restes d’un précédent instrument du facteur Jean-Baptiste Micot (de Toulouse) qui n’existe plus aujourd’hui. Parfait représentant de l’esthétique romantique du XIXème siècle dont les facteurs les plus connus sont sans doute Aristide Cavaillé-Coll, la famille Anneessens, plus localement Georges Wenner, Gaston Maille et la famille Puget, son matériel sonore n’a pas subit à ce jour d’outrages irrémédiables, là où d’autres ont été saccagés durant la Révolution, fondus en artillerie pendant la Seconde Guerre mondiale, ou dénaturés au XXème siècle. Bien qu’un facteur ait modifié très légèrement la composition en 1935 (en ajoutant deux jeux aux 39 initiaux, et en en remplaçant trois autres), on peut dire qu’il est conservé dans son état d’origine. La restauration de 2008-2011 a permis de gommer les erreurs et dégradations du temps et de donner un nouveau souffle à cet instrument exceptionnel à plus d’un titre. Il est doublement classé Monument historique : son buffet est classé dès 1846, le premier en Aquitaine, sa partie instrumentale l’est depuis 1987. D’une grande qualité de fabrication (matériaux employés et facture instrumentale), il contient 41 jeux répartis sur 3 claviers de 56 notes et un pédalier de 30 notes, et possède 2461 tuyaux en alliage étain-plomb ou en bois (sapin et chêne). C’est l’un des rares instruments construits par la maison Merklin en Aquitaine, qui plus est très bien conservé, avec ceux de la cathédrale de Périgueux, de la chapelle du séminaire interdiocésain de Bordeaux, et des églises de la Roche-Chalais et de Béhobie.

Le buffet de style Louis XV, de très grande tenue, est achevé en octobre 1763 par Audebert (menuiserie) et l’atelier Martial Cessy (sculptures et ornements) pour recevoir l’orgue de Jean-Baptiste Micot. Installé sur une tribune aux pilastres ioniques construite un an auparavant par Alary, le buffet est constitué de deux corps : un grand-corps haut de 9,45 mètres et large de 7,5 mètres, en V et en hémicycle (concave) formé de cinq tourelles et quatre plate-faces, et un positif de dos (2,6 mètres sur 3 de largeur) en surplomb formé de trois tourelles et de deux plate-faces cintrées. Ce rythme impair 5-3 du nombre de tourelles est courant dans les orgues classiques français (le buffet de la cathédrale de Bordeaux est en 7-5, Saint-Seurin et Sainte-Croix en 5-3, Aire-sur-l’Adour en 3-3). La façade comporte un total de 122 tuyaux, dont certains sont des Chanoines (ils ne parlent pas). Le positif n’est plus que décoratif depuis la construction de l’orgue Merklin en 1869. En effet, par manque de place, ses tuyaux ont été intégrés dans le grand-corps, et le meuble abrite dès lors la nouvelle console retournée vers la nef.

Le projet initial de la Fabrique de Saint-Michel au milieu du XIXème était de raser cet ancien buffet (et cette ancienne tribune) et d’en construire un « moderne ». Des raisons purement économiques ont fait revoir à la baisse ces envies de nouveauté, et font que l’on peut encore admirer de nos jours ces splendides ouvrages du XVIIIème, 250 ans après ! Le buffet est richement décoré de guirlandes de fleurs dorées, de pots à feu et d’anges musiciens surmontant les tourelles, d’un trophée d’instruments de musique sous le positif, de deux Atlantes soutenant les plus grandes tourelles. Malgré un classement aux monuments historiques depuis 1846, il est dénaturé en 1892 lorsqu’il est peint en marron et en 1959 lorsque l’on décide de le décaper entièrement, de le cirer et de le dorer. La restauration de l’orgue de 2008 à 2011 a permis de retrouver sa teinte « faux acajou » (rouge) d’origine, grâce aux restes de polychromie du XVIIIème qui ont été préservés dans les décors des parties hautes et basses des plates faces. À cette époque les bois exotiques comme l’acajou étaient à la mode pour les constructions de meubles des riches familles bordelaises, signe de raffinement, d’exotisme, de richesse. Le buffet est construit en chêne puis mis en teinte dans une couleur rappelant l’acajou.

En opposition avec le buffet classique français, l’esthétique sonore de l’instrument est de style romantique français. Apparue au XIXème siècle, cette esthétique introduit des couleurs sonores radicalement différentes de l’orgue classique, plus sombres, plus fournies, plus massives, « imitant l’orchestre ». Cela se traduit principalement par l’apparition de jeux aux timbres particuliers, les jeux gambés (Voix céleste, Gambe, Salicional, …), la multiplication des fonds de 8 pieds, l’abandon des mutations et mixtures aiguës (Tierce, Cymbale, …), la présence de jeux « harmoniques » (Flûte, Trompette, …), l’apparition de jeux solistes (Clarinette, …), la présence de boîtes expressives, l’abandon du positif de dos. Tous ces changements se retrouvent dans la composition de l’orgue de Saint-Michel. Ainsi, la musique des compositeurs du XIXème comme César Franck (1822 – 1890), Franz Liszt (1811 – 1886), Felix Mendelssohn (1809 – 1847), Louis Vierne (1870 – 1937), Marcel Dupré (1886 – 1971), Charles Tournemire (1870 – 1939), Joseph Ermend-Bonnal (1880 – 1944), Joseph Bonnet (1884 – 1944), y sonne à merveille. Les modifications apportées dans les années 1930 par Gloton permettent d’y jouer tout aussi bien des œuvre de compositeurs de la première moitié du XXème, avec Jehan Alain (1911 – 1940), Olivier Messiaen (1908 – 1992), Maurice Duruflé (1902 – 1986), Jean Langlais (1907 – 1991), pour ne citer qu’eux.

Aux claviers

La console est placée dans le meuble de l’ancien positif de dos, vidé de ses tuyaux. Elle est retournée, c’est-à-dire que l’organiste joue face à la nef. Le tirage des jeux et accessoires et la transmission des notes sont entièrement mécaniques. Les claviers sont assistés par trois machines Barker, qui donnent un toucher plus léger aux touches et facilite ainsi le jeu de l’organiste lorsqu’il emploie des registrations chargées. Pas moins de 41 tirants mécaniques répartis en escalier de part et d’autre des claviers, auxquels viennent s’ajouter 14 pédales à cuiller disposées au dessus du pédalier et une pédale à bascule permettent à l’organiste d’actionner les différents jeux et accessoires de l’orgue.

Orgue de la Basilique Saint-Michel (Bordeaux)

Le tableau de la composition des 41 jeux de l’instrument est le suivant :

Grand OrguePositif intérieurRécit expressifPédale
Montre 16Bourdon 16Bourdon 8Soubasse 16
Bourdon 16Bourdon 8Flûte harmonique 8Flûte 16
Montre 8Flûte 8Dulciane 8Basse 8
Bourdon 8Salicional 8Voix céleste 8Flûte 4
Flûte harmonique 8Flûte 4Flûte octaviante 4Bombarde 16
Gambe 8Quine 2 2/3Cornet VTrompette 8
Prestant 4Doublette 2Flageolet 2Clairon 4
Fourniture IV-VIPlein Jeu IVClarinette 8
Cornet VCor anglais 16Trompette harmonique 8
Bombarde 16Trompette 8Basson-Hautbois 8
Trompette 8Cromorne 8Voix humaine 8
Clairon 4

L’orgue dispose de 13 accessoires, actionnables par les pédales à cuiller :

  • Accouplements Positif/Grand Orgue, Récit/Grand Orgue, Récit (octave inférieure)/Grand Orgue, Récit/Positif
  • Tirasses Grand Orgue, Positif et Récit
  • Expression Récit par pédale à bascule
  • Appels des jeux de combinaisons (dont anches) du Grand Orgue, Positif, Récit, Pédale
  • Tremblant Récit

Le Plein-Jeu IV et le Cromorne 8 du Positif, et en partie les Flûte 8 et Flûte 4 du même clavier, sont de Gloton (1935). La Fourniture IV-VI du Grand Orgue a été refaite à neuf et les jeux de Gambe 8 du Grand orgue, Cor Anglais 16 du Positif, Dulciane 8 du Récit et Clarinette 8 du Récit ont été en partie reconstitués à partir de tuyaux de facture similaire, suite à la restauration de 2008-2011. Tous les autres jeux sont d’origine.

Histoire

L’orgue Merklin a été inauguré le dimanche 12 décembre 1869 par Alphonse Mailly, titulaire de l’orgue de Notre-Dame du Finistère de Bruxelles, Charles Renaud de Vilbac titulaire du Merklin-Schütze de Saint-Eugène-Sainte-Cécile à Paris, et Andrieu, le titulaire de Saint-Michel. Il s’agit du sixième instrument que la basilique ait connu !

~1425
Premières traces d’un orgue à Saint-Michel.
1486
Un nouvel orgue est construit au-dessus du grand portail par Ramon Domeinhs.
1510
Louis Gaudet construit un orgue « renaissance » d’une dizaine de jeux, le troisième que la basilique ait connu.
1575
Nouvel instrument « renaissance », sur lequel interviendront en 1647 Claude Dupré (Villeneuve-sur-Lot), en 1666 Jacques Levasseur (Nantes), en 1713 Louis Thévenard (Bordeaux) et en 1732 Adrien Lépine (Toulouse).
1765
Jean-Baptiste Micot (Toulouse) construit sur la nouvelle tribune un grand instrument de 4 claviers et 35 jeux.
Nicolas Henry (Bordeaux) l’agrandit en 1827.
1869
Joseph Merklin reconstruit la partie instrumentale dans l’ancien buffet portant ainsi l’orgue à 39 jeux sur 3 claviers et le dote d’une console moderne tournée vers la nef.
1935
La Maison Gloton-Debierre (Nantes) modifie légèrement la composition de l’orgue dans l’esprit « Néo-classique ».

Les instruments primitifs

La basilique Saint-Michel est à Bordeaux le premier lieu où la présence d’un orgue est avérée au XVème siècle. On avance la date de 1425 comme l’année de construction du premier orgue de la basilique, mais à ce jour, ne savons rien de cet instrument. Nous sommes alors à la fin du Moyen Âge, en pleine Guerre de Cent ans, l’Aquitaine est anglaise (le Duc d’Aquitaine est Henry VI d’Angleterre) et Charles VII est à la tête du Royaume de France. La basilique Saint-Michel est en cours d’édification depuis 1350, et ce jusqu’au début du XVIème siècle, le clocher n’existe pas encore.

En 1486, un nouvel orgue est construit au dessus du grand portail par le facteur Ramon Domeinhs.

En 1510 (sous Louis XII), un nouvel orgue « renaissance » est construit par le facteur Louis Gaudet sur la tribune gothique qui existe encore en arrière et en surplomb de la tribune XVIIIème actuelle. Le devis a été conservé (probablement le plus ancien de France !) ainsi qu’un document intitulé Instructions pour le jeu de l’orgue de Saint-Michel de Bordeaux : la chéière de devant, là où sera l’organiste où il y aura ung jeu d’orgue qui sera une chose singulière (une table de registrations). Grâce à ces deux précieux écrits, sa composition nous est aujourd’hui connue. Il comporte un seul clavier d’une dizaine de jeux, qui avaient pour noms : Flûte 12′ (probablement 8′ actuels), Papegay (Nasard et Quarte de nasard), Flûte d’Alemand (4′ actuels), Flûte à 9 trous (1′ actuels), Hautbois-cornet (un Cornet actuel), Cimballes, Fournitures, Jeu de Chantres (une Voix humaine 8′ actuelle), Petit Nasard (un Larigot 1 1/3 actuel). Dans d’autres instruments l’on trouve des jeux de : Saqueboute, Musette, Jeu de canards, etc. Le manuel pour l’organiste définissait 12 registrations (dont par exemple le Grand jeu, le grand jeux doulx, le jeu de grans cornaiez, la fleuste, …). Sur le buffet était installé des automates visuels et sonores que l’organiste pouvait actionner à volonté. Ainsi, à Saint-Michel, deux anges sonnaient de la trompette et un archange combattait le diable (probablement à la manière de ceux de Saint-Savin-en-Lavedan, ou là). Lors des récents travaux de restauration de la première travée en 2011, des traces de cet orgue construit il y a plus de 500 ans ont été découvertes !

En 1575, on reconstruit probablement l’orgue de 1510. Les sources divergent : certaines laissent penser à un simple relevage de l’orgue de Gaudet, d’autres à une construction d’un nouvel orgue « renaissance ». Toujours est-il, en 1648, le facteur agenais Claude Dupré transforme son esthétique sonore de « renaissance » vers « pré-classique français » et ajoute 3 jeux d’anches et un cornet. Plusieurs relevages seront faits en 1666, 1713 et 1732. Le dernier est l’œuvre du prestigieux facteur toulousain Adrien Lépine.

En 1748, à 500 mètres de la basilique Saint-Michel est construit le plus bel orgue de Bordeaux et très certainement de la région, le chef d’œuvre de dom François Bedos de Celles à l’abbatiale Sainte-Croix. L’orgue de Saint-Michel fait pâle figure en comparaison et est devenu indigne du quartier, qui s’est considérablement enrichi (métiers du négoce, constructions navales, commerce international (après Londres, Bordeaux est le port européen ayant le plus de trafic à cette époque !), urbanisme, et toutes les activités périphériques).

L’orgue Micot 1765 – 35 jeux, 4 claviers, pédalier

La paroisse de Saint-Michel décide en septembre 1760 de faire construire un orgue entièrement neuf par un Maître réputé de la facture d’orgue. Il se trouve qu’au même moment, Jean-Baptiste Micot (de l’Académie Royale de Paris) est à Bordeaux pour la réparation de l’orgue de la cathédrale Saint-André. Le 17 septembre 1760 est passé un marché entre Micot et la Fabrique de la basilique Saint-Michel.

L’orgue Micot était un grand huit pied en montre avec Bourdon de seize, 4 claviers manuels, un pédalier de 32 marches, 35 jeux et 2475 tuyaux. Sa composition était la suivante :

  • Positif de dos (50 notes) – Bourdon 8, Prestant 4, Flûte 4, Nazard 2 2/3, Doublette 2, Tierce 1 3/5, Larigot 1 1/3, Fourniture III, Cymbale II, Trompette 8, Cromorne 8
  • Grand Orgue (50 notes) – Bourdon 16, Montre 8, Bourdon 8, Prestant 4, Grosse Tierce 3 1/5, Nazard 2 2/3, Quarte de Nazard 2 2/3, Doublette 2, Tierce 1 3/5, Fourniture IV, Cymbale III, Grand Cornet V, 1ère Trompette 8, 2ème Trompette 8, Voix Humaine 8, Clairon 4
  • Récit (32 notes) – Cornet V, Trompette 8
  • Écho (39 notes) – Cornet V, Cromorne 8
  • Pédale (25 à 32 marches) – Flûte 8, Flûte 4, Trompette 8, Clairon 4

Le nouvel orgue « post-classique français » de Micot est réceptionné le 4 juin 1765. Pierre Joseph Courtin, ancien organiste à Sainte-Croix, en est le titulaire jusqu’en 1793. Pierre Micot, le fils aîné de Jean-Baptiste en assure la garantie et le rodage pendant un an. Attaché à la paroisse, il s’y marie le 10 juillet 1765 avec une fille d’une grande famille bordelaise !

À peine 9 ans plus tard, en 1774 la paroisse demande à Jean-Baptiste Micot de revoir l’harmonie et la composition de son instrument, dont la puissance sonore est jugée insuffisante par rapport au volume de l’édifice (et par rapport aux capacités du Dom Bedos de Sainte-Croix). En 1827, la paroisse s’adresse au facteur bordelais Nicolas Henry pour une restauration et un agrandissement. À partir de 1849, l’orgue se dégrade et devient progressivement injouable. La fabrique envisage en 1865 la création d’un orgue neuf moderne, celui que nous connaissons aujourd’hui.

Les dégâts de la deuxième moitié du XXème siècle sur l’orgue Merklin 1869

Depuis sa création en 1869, l’orgue Merklin avait subit peu de transformations. En 1882, l’harmonie avait été rehaussée d’un quart de ton par Merklin lui-même, à l’occasion d’un dépoussiérage, afin de lui donner plus de puissance sonore. Suite à l’entretien de la rosace, Gaston Maille effectue en 1892 un relevage de l’orgue et modifie légèrement sa mécanique. Le buffet est entièrement peint en marron la même année. Au début des années 1930, Maurice Puget installe un ventilateur électrique. En 1935, Georges Gloton (et son ouvrier Wolf) remplace 3 jeux et en ajoute 2 supplémentaires au Positif, dans l’esprit Néo-classique.

Dans la nuit du mercredi 19 au jeudi 20 juin 1940, vers minuit, le premier bombardement aérien allemand de la ville de Bordeaux (88 bombes éparpillées depuis 12 avions) fait 68 morts et 185 blessés. La Basilique Saint-Michel est touchée : la quasi-totalité des vitraux ont volé en éclats, le toit est ouvert, les grandes orgues Merklin sont fragilisées. Il faudra attendre le début des années 60 pour que les vitraux soient reconstruits et l’orgue restauré « à l’économie ».

En 1959, le buffet est décapé énergiquement, enlevant aussi bien la couche de peinture marron de 1892 que la teinte rouge d’origine du buffet. Par chance, certains endroits difficilement accessibles au décapage, dans des motifs complexes, ont permis de connaître la teinte d’origine lors de la restauration de 2008-2011. En 1961, la maison alsacienne Schwenkedel remplace les transmissions mécaniques des notes par un système électrique. Mais en quelques décennies, les électro-aimants se corrodent et s’usent. Certaines notes ne répondent alors plus ou avec un retard trop important. Dans les années 90, ce système électrique a provoqué un début d’incendie dans la console. Dans les années soixante un bricoleur local dérobe deux jeux (Clarinette 8 au Récit et Cor Anglais au Positif). Entre 1999 et 2007 l’orgue reçoit quelques soins éclairés de la part des facteurs Patrice Bellet et Franz Lefebvre ainsi que de son titulaire Paul Darrouy pour le maintenir, bien que très malade, en état de marche jusqu’à la restauration salvatrice de 2008-2011.

La restauration de 2008-2011

En 2004, la Ville de Bordeaux et la Conservation régionale des Monuments Historiques lancent la procédure de restauration de l’orgue de Saint-Michel, attendue depuis les années 70, et qui devenait plus que jamais indispensable. La Ville de Bordeaux et le Ministère de la Culture et de la Communication ont débloqué une somme de 841 000 €. Après étude préalable par Thierry Semenoux, les travaux ont été confiés à un groupement d’entreprises. Ci-dessous, la liste des principales personnes et entreprises impliquées dans la restauration :

L’objectif était de « restaurer l’orgue dans son dernier état cohérent connu, celui de Gloton (1935), en rétablissant certains jeux de Merklin pour améliorer la cohérence entre les deux factures ». Pour y parvenir, il a fallu :

  • restituer une mécanique de notes dans l’esprit de Merklin, mais fiable et agréable à jouer (trois machines Barker monobloc)
  • nettoyer l’ensemble des 2500 tuyaux (à l’eau savonneuse), les vérifier un à un et les réparer si besoin
  • restituer les trois jeux « romantiques » (Gambe 8 du Grand Orgue, Cor Anglais 16 du Positif, Clarinette 8 du Récit) néo-classicisés par Gloton dans les années 1930 (par respectivement Flûte octaviante 4, Tierce 1 3/5, Cymbale)
  • reconstruire les jeux usés en totalité (Fourniture IV-VI du Grand Orgue qui provenait de l’orgue Micot) ou en partie (Dulciane 8 du Récit)
  • revoir le circuit de distribution du vent, qui a toujours été un point faible des orgues Merklin (construction de réservoirs d’airs indépendants)
  • redonner au buffet sa teinte d’origine, par des techniques et des produits d’époque
  • reprendre les dorures à la feuille
  • restaurer les statues, les décors et certaines parties du buffet

Les travaux ont débuté le 31 mars 2008 après un dernier concert de Paul Darrouy, et ont duré plus de 3 ans. L’inauguration de la restauration a eu lieu le vendredi 16 septembre 2011, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. Thierry Escaich, Paul Darrouy, et l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine, sous la direction de Pieter-Jelle De Boer ont fait chanter l’orgue après 41 mois d’absence et plus de 15 000 heures de travail !

Paul Darrouy, titulaire

Paul Darrouy est titulaire du Grand Orgue de la Basilique Saint-Michel depuis 1989.

Paul Darrouy

Après avoir commencé l’étude du piano à Marmande (Lot-et-Garonne), dont il est originaire, Paul Darrouy entre au Conservatoire de Bordeaux où il obtient un Premier prix. Il se dirige ensuite vers des études scientifiques qu’il termine avec une Maîtrise de Sciences Mathématiques et le Certificat d’Aptitude à l’Enseignement (CAPES).

C’est après la rencontre de Daniel Matrone, actuellement titulaire de l’orgue Merklin de Saint-Louis des Français à Rome, qui sera son premier professeur, qu’il aborde l’étude de l’orgue. Il se perfectionne ensuite à Paris, auprès de Susan Landale.

Après avoir obtenu un premier prix d’orgue au concours international de l’UFAM et la licence de virtuosité, mention très bien à l’unanimité, au concours d’orgue Marcel Dupré de Chartres, il est nommé en 1989, après quelques années en tant que co-titulaire, titulaire du Grand Orgue Merklin (1865) de la Basilique Saint-Michel de Bordeaux.

Malgré les nombreux dysfonctionnements de cet instrument, Paul Darrouy aura à coeur de le faire entendre régulièrement (par exemple, en 2000, pour le congrès de la F.F.A.O.) avant d’y donner en mars 2008 un dernier récital consacré à des extraits des six symphonies de Louis Vierne, récital après lequel ont commencé les travaux de restauration (Thierry Semenoux, maître d’oeuvre), confiés aux facteurs Stéphane Robert, Olivier Robert, Michel Jurine et Bernard Hurvy, ainsi que Pascal Quoirin pour le buffet.

Parallèlement à ses activités de professeur, il donne régulièrement des concerts (orgue seul, orgue et chant, orgue et trompette, orgue et ensembles de cuivres) dans lesquels il aborde tout type de répertoire mais avec une prédilection pour le répertoire romantique et symphonique.

Bibliographie

Exposition

Des panneaux réalisés par Thierry Semenoux sur la restauration 2008-2011 de l’orgue sont exposés dans la chapelle latérale Sainte Suzanne et Sainte Élisabeth, à l’entrée de la basilique. Une version papier de cette exposition, intitulée Mémento sur les Grandes orgues de la Basilique Saint-Michel de Bordeaux est en vente dans la boutique.

Pour aller plus loin